Juin 2026

Les connaisseurs savent déjà que, pour avoir voulu relever le défi de sauver une ‘‘malheureuse’’ épave, le trio de Esmelin – Kontzler – Liot s’est vite vu affublé à Saint-Malo du qualificatif de « fous de l’Ar Zénith », un terme peu glorieux au départ, mais qui devint par la suite bien plus élogieux.

L’un d’eux, Yannick Kontzler, qui nous a quitté il y a un an, nous donne ici l’occasion de rappeler que, pour entreprendre et vaincre l’adversité, une petite dose de folie est souvent un atout.

L’adversité, Yannick la rencontre dès l’âge de 6 mois en juin 1944, quand son père, résistant, succombe à un bombardement, faisant de son fils, une pupille de la nation. C’est bien plus tard, à la sortie de l’Ecole Hôtelière, qu’il entame une carrière dans la restauration, d’abord dans un grand hôtel parisien, puis à La Charette à Combourg, une table alors réputée, pour finir par la transformation du Café des Pécheurs en un lieu incontournable de Solidor, le Clin Foc.

Le premier vrai grain de folie frappe Yannick lors de la découverte d’une coque quasiment en morceaux dans la rivière de Penzé, celle de l’Ar Zénith. Imaginer acheter, transporter, entreposer et restaurer ce bateau était une gageure, mais à la défense de Yannick, ils étaient trois et chacun connait les dangers de l’émulation de groupe.

Mais notre ami Kontzler récidive lorsqu’un client du Clin Foc lui parle de son village natal dépourvu d’alimentation en eau. Rendu sur place au Sénégal, Yannick décide de faire bâtir un système d’adduction, du réseau complet au château d’eau, sur un territoire initialement limité, pour terminer par contribuer à alimenter en eau une ville de 50 000 habitants, Ndiaganiao. Là encore, c’est une mission impossible, qui, à force de mobilisation, de soutiens, de démarches multiples sur place, d’organisation du financement et de contrôle des travaux, permit d’améliorer radicalement le quotidien d’une population.

Sur tous ces exploits, Yannick était plutôt du genre taiseux, un peu comme ces engagés de l’Ar Zénith au retour de la guerre. Il n’en avait que plus de mérite. C’est pourquoi nous sommes fiers de l’avoir eu à la tête de notre association et que nous admirons le fait qu’il ait su être un peu fou !